blurring versus confondu (Kaprow) >>English text
En lisant les remerciements de Suzanne Lacy à la suite de sa préface au livre Mapping the terrain - New genre public art quelle a édité(1), je tombe sur ceci: (...) Allans enthusiasm for and curiosity about the blurred boundary between art and life (...). Du coup, ce qui mavait toujours semblé un titre malheureux quoique peu significatif donné au recueil de textes dAllan Kaprow paru en français (2), (lart et la vie confondus), prend une toute autre ampleur au vu de son titre original: the blurring of art and life (dailleurs non crédité dans lédition française).

Évidemment, cela pose un gros problème de traduction, et, comme toujours dans ces cas là, cela demmande une interprétation de la part du traducteur. Mais blurring nest pas confondu, même si cette interprétation pourrait être linguistiquement défendable. Blurring renvoit à lidée de brouillage, et de macule - pas didentité - et ce qui est brouillé ici, cest justement la limite (bounary) entre lart et la vie. Toute brouillée quelle soit, il y a donc bien une différence, différence que le titre français tend à nier.
Or ce qui parait à première vue comme un détail négligeable recouvre en fait une autre différence, fondamentale celle là, de conception et de l’art et de la vie. Le titre français renvoit implicitement à une idée de l’art comme prédominante, et laisse supposer que Kaprow ouvrirait vers une revendication de la vie comme oeuvre d’art (dans une lignée post-duchampienne et indexée a un questionnement obsessionnel de la scène culturelle française pour la définition de lart).
Pourtant, dans un des textes du livre, traduit sous le titre un art qui peut ne pas être de lart (3), Kaprow sinscrit clairement contre cette interprétation: (...) à savoir que tout peut être esthétisé, que le droit nous est donné de mettre dans lart tout ce quil peut emballer. Mais pourquoi voudrions nous esthétiser «nimporte quoi»? (...) continuer à faire cette sorte de démarche en art me semblait improductif.
Au lieu de cela, Kaprow porte son attention, par exemple, sur le fait de se brosser les dents - sans pour autant considérer cela comme une démarche artistique. Mais en même temps, cela relève de lart parce que les développement mêmes du modernisme ont conduit à la dissolution de lart dans ses sources de vie. (...) Mais la vie ordinaire performée comme de lart non art peut changer le quotidien dun pouvoir métaphorique.
Ainsi, il sagirait dun décentrage de lattention portée à lart pour la reporter sur la vie même. Lart nest quun moyen dappréhender la vie, jamais une fin en soi. Aucune image ne vaut lexpérience du réel.
(1) Suzanne Lacy ed., Mapping the terrain - New genre public art , Bay Press 1995.
(2) Allan Kaprow, lart et la vie confondus, centre georges pompidou,1996 (ed. Jeff Kelley, trad Jacques Donguy)
(3) un art qui peut ne pas être de lart, première publication dans Allan Kaprow 1986, Dortmund, Museum an Ostwall
